American Express et les titres-restaurant reposent sur le modèle à 3 coins, différent du modèle à 4 coins découvert à l'épisode 1. Ici, un seul acteur émet la carte et finance le commerçant lui-même.
Dans le modèle classique, il y a quatre acteurs principaux : le client et sa banque d'un côté, le commerçant et sa banque de l'autre. Ils sont connectés par un réseau qui fixe les règles et transmet les informations, sans jamais détenir l'argent. Dans le modèle à 3 coins, les deux banques, l'émetteur et l'acquéreur, sont remplacées par une seule entité. Il n'y a donc plus quatre acteurs, mais trois.
Le cas AMEX : trois acteurs, deux contrats, un seul prix.
Par conséquent, l'interchange et les frais de réseau n'ont plus lieu d'être. Le commerçant voit un taux unique et une facture avec une seule ligne, qui correspond à la commission.
Un réseau à 4 coins ne recrute presque personne lui-même : ses membres le font pour lui, des centaines de banques démarchent porteurs et commerçants en parallèle, chacune pour son compte. Et l'interchange transfère de l'argent du côté commerçant vers le côté porteur sans que le réseau le sorte de sa poche. Un 3 coins n'a ni membres ni interchange : sans commerçants, personne ne veut de la carte ; sans porteurs, aucun commerçant n'a de raison de l'accepter. Il faut tenir les deux bouts en même temps, et le financer soi-même.
D'où le discours de vente, le même chez tous les 3 coins : AMEX ne vend pas du volume au commerçant, elle vend une clientèle, et se positionne en apporteur d'affaires plutôt qu'en transporteur de transactions. Ce modèle a un prix, lisible dans les comptes.
Exercice 2025 : AMEX encaisse presque le double de Visa, et en garde deux fois moins.
Les titres-restaurant dématérialisés fonctionnent en 3 coins, et l'Autorité de la concurrence les qualifie ainsi noir sur blanc. Conecs, créée en 2012 et détenue à parts égales par Edenred, Pluxee, Swile et Up, achemine les transactions carte hors du réseau bancaire. Conecs n'autorise pas les paiements et ne finance pas les commerçants : Conecs joue un rôle similaire à CB et Visa.
Chaque membre de Conecs signe les deux côtés : l'entreprise qui achète les titres pour ses salariés, et le commerçant qui les accepte. Le réseau, lui, est mis en commun : quatre émetteurs concurrents partagent la même infrastructure, fermée et indépendante du réseau bancaire. Conséquence pour le restaurateur : quatre émetteurs, ce sont quatre contrats et quatre taux.
Le titre-restaurant n'est pas une curiosité de marché. En France, il pèse environ 9,4 milliards d'euros de valeur faciale, 5,4 millions de salariés et près de 234 000 commerçants affiliés. Mais Conecs n'est pas accepté partout, et construire l'acceptation, commerçant par commerçant, coûte cher. C'est l'œuf et la poule du concept 2, en version française.
Les cartes titre-restaurant portent aujourd'hui deux réseaux : Conecs et un réseau bancaire. L'émetteur achète l'acceptation au réseau bancaire, qui passe partout tout de suite, et garde Conecs partout où le commerçant l'accepte en direct. Pour le commerçant, la différence n'est pas neutre : quand la transaction passe par le réseau bancaire, il paie deux commissions sur la même transaction, celle de son acquéreur, interchange et frais de réseau compris, et celle de l'émetteur du titre. Passer par Conecs lui revient donc moins cher, malgré un taux qui paraît élevé.
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