En France, la même carte peut passer par CB ou par Visa. Pour vous, le résultat est identique. Pour le commerçant, non. Et pour le pays, encore moins.
CB, pour Cartes Bancaires, est un réseau au sens de l'épisode 1 : un groupement créé en 1984 pour qu'une carte émise par une banque soit acceptée chez le commerçant d'une autre. Il fixe les règles, publie le barème d'interchange, arbitre les litiges et porte la marque.
Sa particularité tient à sa forme juridique. Ce n'est pas une entreprise cotée qui vend un service à des clients, c'est un groupement d'intérêt économique dont les membres sont à la fois propriétaires et utilisateurs. Longtemps affaire de banques françaises, le groupement s'ouvre : J.P. Morgan en est membre principal depuis mars 2024, Adyen depuis avril 2026, en devenant au passage participant direct de STET, le système qui compense les paiements entre banques en France.
Une carte co-badgée porte deux logos et, surtout, deux applications de paiement dans sa puce, chacune avec son identifiant, qu'on appelle Application ID (AID) : A000000042 pour CB, A000000003 pour Visa. Deux jeux de règles, deux barèmes, deux routages possibles, sur la même carte et le même compte. Au moment de payer, le terminal lit les deux et en retient une.
Ce double équipement n'est pas une redondance, c'est un partage des rôles : l'application CB optimise l'usage courant en France, sur un réseau dont les membres maîtrisent les conditions, et l'application Visa ou Mastercard rend la même carte acceptée partout dans le monde. Le quotidien en national, le voyage en international.
Une carte co-badgée : une puce, deux applications, chacune avec son AID.
Le règlement européen sur les commissions d'interchange, applicable depuis juin 2016, tranche : le commerçant peut préconfigurer un réseau par défaut sur son terminal, le porteur peut passer outre. Ni l'émetteur ni le réseau n'ont le droit d'imposer un routage automatique qui empêcherait ce choix.
En pratique, tout dépend du canal. En insertion, le menu de sélection existe presque partout, encore faut-il savoir l'ouvrir. En sans contact, la sélection de marque est arrivée bien plus tard et reste inégalement déployée. En ligne, elle se réduit à cliquer sur un logo, quand il est présenté. Le réseau lui-même travaille sa visibilité : la campagne d'affichage « Payé in France », lancée par CB pour ses quarante ans, fait du paiement domestique un argument, logo tricolore à l'appui.
En ligne, le choix tient à un logo cliquable, quand la page pense à le proposer.
Le co-badgeage cumule deux promesses. Celle de Visa ou Mastercard est évidente : la même carte fonctionne partout dans le monde. Celle du réseau domestique se voit moins : des conditions décidées et maîtrisées localement, et une continuité de service qui ne dépend de personne d'autre. Cette seconde promesse ne se lit vraiment qu'un jour de crise.
Et la frontière ? Si une carte CB ne fonctionne pas hors de France, ce n'est pas une fatalité juridique mais un héritage technique : le sans contact des cartes françaises tourne sur des noyaux logiciels propriétaires, ceux de Visa et de Mastercard, qui ne s'exportent pas. Un noyau européen commun existe désormais, CPACE, développé par la coopération des réseaux domestiques du continent, et il ouvre la porte à l'acceptation d'une carte CB à l'étranger. Bancontact suit la même trajectoire en Belgique.
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