Micro-formation · Saison 1 · Épisode 02

L'interchange

On vous a laissés sur un pari : sur 60 € de courses payés par carte, combien filent en commissions ? Dans cet épisode : la réponse et pourquoi Bruxelles a fini par s'en mêler.

5 min · lecture 4 concepts 4 quiz
Concept 1 / 4

Une commission entre banques

À chaque paiement carte, une commission circule entre les deux banques : l'interchange. Elle est versée par l'acquéreur (la banque du commerçant) à l'émetteur (la banque du client).

Concrètement, lors du règlement, l'émetteur reverse les 60 € moins l'interchange, la retenue se fait à la source, transaction par transaction.

Le règlement arrive déjà net : l'émetteur garde l'interchange à la source, sur chaque transaction.

💡 À retenir : l'interchange va exclusivement à l'émetteur. Le réseau touche les « scheme fees » (croisées dans l'épisode E01).
QUIZ 1 / 4
« Sur chaque paiement, Visa prend un pourcentage. » Qu'est-ce qui cloche ?
Concept 2 / 4 · Le pari

Combien, sur 60 € ?

Vos 60 € de courses, payés avec une carte de débit française classique. Placez votre curseur sur le montant d'interchange que l'acquéreur va verser à l'émetteur, puis relâchez : la réponse s'affiche.

1,50 €VOTRE PARI · SUR 60 €
0 €1,50 €3 €
Déplacez le curseur, la réponse s'affiche quand vous relâchez.
Ce qui compte vraiment
IC++ ou blended ? L'IC++ est plus propre : interchange, frais de réseau et marge apparaissent séparément. Il est aussi plus complexe, et beaucoup de commerçants le lisent mal. Le blended donne un taux unique, simple et prévisible côté commerçant, mais il masque la marge et fait porter le risque à l'acquéreur, qui encaisse la dérive du mix de cartes. Pour négocier un blended sans se tromper, il faut d'abord connaître son propre mix.
QUIZ 2 / 4
Un commerçant regarde sa commission carte et dit : « tout ça, c'est pour ma banque. » Que lui revient-il réellement ?
Concept 3 / 4

Pourquoi ce péage existe ?

L'émetteur apporte la garantie de paiement pour le commerçant et une protection pour le porteur de carte. Une transaction autorisée = commerçant payé, même si le solde du client est débiteur ou que la carte a été volée. L'émetteur doit également protéger son client, et assurer des services anti-fraude, l'avance de trésorerie du débit différé et du crédit.

Cette garantie porte sur le montant de la transaction : plus il est élevé, plus le risque l'est. C'est pourquoi l'interchange est un pourcentage, et non un frais fixe.

L'interchange rémunère ces coûts, et incite les banques à émettre des cartes. Car un système de paiement est un marché à deux faces qui a besoin de clients équipés d'une carte et de commerçants qui l'acceptent. L'interchange est le curseur qui équilibre les deux.

💡 Le barème est fixé par le réseau, qui n'en touche pas un centime : publié, non négociable transaction par transaction, il varie selon le type de carte, le canal (proximité ou en ligne) et le pays.
QUIZ 3 / 4
Le client paie chez un commerçant, et les deux sont clients de la même banque. Que devient l'interchange ?
Concept 4 / 4 · L'angle Europe

Pourquoi Bruxelles a dû s'en mêler

Un réseau qui monte son interchange attire les émetteurs, qui émettent davantage de ses cartes. La concurrence jouait donc à l'envers : elle faisait monter des prix que les commerçants ne peuvent pas négocier. À l'échelle française, plus de 600 milliards d'euros sont payés par carte chaque année : une variation de 0,1 % signifie plus d'un demi-milliard d'euros par an.

2015 : le règlement européen IFR plafonne l'interchange des cartes de particuliers dans l'EEE : 0,2 % en débit, 0,3 % en crédit, vos 0,12 € de tout à l'heure. En France, l'Autorité de la concurrence avait ouvert la voie dès 2011 sur les commissions CB.

Cas d'école · Le Brexit
Sorti du champ de l'IFR, le Royaume-Uni a vu les commissions des paiements en ligne UK–EEE multipliées par cinq (0,3 % → 1,5 % en crédit). Colère des commerçants, enquête du régulateur : la démonstration de ce que le plafond empêche.
La transactionInterchange
Carte EEE chez un commerçant EEEmême pays ou non : l'Espagnol qui paie à Paris 0,2 % / 0,3 %plafond IFR
Carte de particulier émise hors EEE« inter-régional » : UK, US, Chine… 1,15 % / 1,5 %en ligne ; 0,2 % / 0,3 % en face-à-face
Carte commerciale · réseau à 3 coinscartes d'entreprise, AMEX hors plafondquel que soit le pays

EEE = Union européenne + Islande, Liechtenstein, Norvège. Les plafonds hors EEE ne viennent pas de l'IFR mais d'engagements pris par Visa et Mastercard devant la Commission européenne en 2019, prolongés jusqu'en 2029 : c'est le 1,5 % du cas Brexit ci-dessus.

💡 Aux États-Unis, l'interchange crédit reste libre, souvent autour de 2 % : c'est lui qui finance le cashback des cartes américaines, un avantage en apparence gratuit, payé par les frais des commerçants et, in fine, par les prix en rayon.
QUIZ 4 / 4
Un commerçant français encaisse une carte de débit belge. Par rapport à une carte française de même type, l'interchange est :
Épisode terminé
–
SCORE
–SCORE
–TEMPS
–SÉRIE MAX
L'interchange : versé par l'acquéreur (banque du commerçant) à l'émetteur (banque du porteur), sur chaque transaction.
Sur 60 € en débit : 0,12 €, refacturés au commerçant dans sa commission carte (le MSC). Le porteur ne le voit jamais.
Il rémunère la garantie de paiement portée par l'émetteur, d'où un pourcentage plutôt qu'un frais fixe ; le barème est fixé par le réseau, qui n'en touche rien.
IFR 2015 : 0,2 % débit / 0,3 % crédit dans l'EEE. Hors EEE, ce sont les engagements Visa/Mastercard de 2019 qui plafonnent, bien plus haut. Cartes commerciales et réseaux à 3 coins : hors plafond.
Prochain épisode
S1 · E03 · CB & co-badgeage – Presque toutes les cartes françaises portent deux réseaux sur la même puce, et à chaque paiement, un seul gagne. Qui choisit, qui perd, et pourquoi la carte française est une exception mondiale : au prochain épisode.

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