On vous a laissés sur un pari : sur 60 € de courses payés par carte, combien filent en commissions ? Dans cet épisode : la réponse et pourquoi Bruxelles a fini par s'en mêler.
À chaque paiement carte, une commission circule entre les deux banques : l'interchange. Elle est versée par l'acquéreur (la banque du commerçant) à l'émetteur (la banque du client).
Concrètement, lors du règlement, l'émetteur reverse les 60 € moins l'interchange, la retenue se fait à la source, transaction par transaction.
Le règlement arrive déjà net : l'émetteur garde l'interchange à la source, sur chaque transaction.
Vos 60 € de courses, payés avec une carte de débit française classique. Placez votre curseur sur le montant d'interchange que l'acquéreur va verser à l'émetteur, puis relâchez : la réponse s'affiche.
L'émetteur apporte la garantie de paiement pour le commerçant et une protection pour le porteur de carte. Une transaction autorisée = commerçant payé, même si le solde du client est débiteur ou que la carte a été volée. L'émetteur doit également protéger son client, et assurer des services anti-fraude, l'avance de trésorerie du débit différé et du crédit.
Cette garantie porte sur le montant de la transaction : plus il est élevé, plus le risque l'est. C'est pourquoi l'interchange est un pourcentage, et non un frais fixe.
L'interchange rémunère ces coûts, et incite les banques à émettre des cartes. Car un système de paiement est un marché à deux faces qui a besoin de clients équipés d'une carte et de commerçants qui l'acceptent. L'interchange est le curseur qui équilibre les deux.
Un réseau qui monte son interchange attire les émetteurs, qui émettent davantage de ses cartes. La concurrence jouait donc à l'envers : elle faisait monter des prix que les commerçants ne peuvent pas négocier. À l'échelle française, plus de 600 milliards d'euros sont payés par carte chaque année : une variation de 0,1 % signifie plus d'un demi-milliard d'euros par an.
2015 : le règlement européen IFR plafonne l'interchange des cartes de particuliers dans l'EEE : 0,2 % en débit, 0,3 % en crédit, vos 0,12 € de tout à l'heure. En France, l'Autorité de la concurrence avait ouvert la voie dès 2011 sur les commissions CB.
| La transaction | Interchange |
|---|---|
| Carte EEE chez un commerçant EEEmême pays ou non : l'Espagnol qui paie à Paris | 0,2 % / 0,3 %plafond IFR |
| Carte de particulier émise hors EEE« inter-régional » : UK, US, Chine… | 1,15 % / 1,5 %en ligne ; 0,2 % / 0,3 % en face-à-face |
| Carte commerciale · réseau à 3 coinscartes d'entreprise, AMEX | hors plafondquel que soit le pays |
EEE = Union européenne + Islande, Liechtenstein, Norvège. Les plafonds hors EEE ne viennent pas de l'IFR mais d'engagements pris par Visa et Mastercard devant la Commission européenne en 2019, prolongés jusqu'en 2029 : c'est le 1,5 % du cas Brexit ci-dessus.